Discussion à propos de ce post

Avatar de User
Avatar de Julian KTH

Et donc au final, un énième coup de comm d'Elon Musk pour lever des fonds...

Merci pour l'article, dont la fin nous laisse... sur notre faim !

Vivement un prochain post sur les data centers sous-marins 👍

Avatar de Claude COULOMBE

Formé en physique, j'avais fait quelques calculs simples avec justement la loi de Stephan pour un serveur orbital en une seule pièce / monolitique. C'était carrément impossible! Pour 1 GW, on parlait ~1 Km2 de radiateurs soit ~140 terrains de foot, pour les panneaux solaires c'était 2,5 à 3,5 Km2, ~500 terrains de foot. Par comparaison la station ISS fait environ la taille d'un seul terrain de foot.

Aussi, il fallait résoudre le cauchemar logistique de la maintenance du matériel dans l'espace, les problèmes de bande passante, les radiations et les horribles basculements de bit (bit-flips) qui imposent l'emploi de GPU blindés (mais aussi de mémoires et d'équipements de télécom blindés), les micrométéorites et débris (merci Starlink!), la trainée d'une telle mégastructure (l'espace circumterrestre n'est pas le vide absolu), les coûts de lancement proprement « astronomiques » et l'impact environnemental de milliers de fusées, etc.

Une constellation de satellites rend la chose moins impossible, mais cela reste un véritable cauchemar d'ingénierie. De plus, je soupçonne qu'il y a peut-être un « gros os » avec le calcul distribué.

En effet, le théorème CAP ou théorème de Brewer qui gouverne le calcul distribué vient beaucoup compliquer la chose. C'est la base de l'infonuagique (cloud computing). Il énonce qu'un système de calcul distribué ne peut garantir simultanément que deux de ces trois propriétés : Cohérence (C), Accès (A) et Tolérance au Partitionnement (P).

Dans l'espace, la tolérance aux partitions (P) est une obligation car il s'agit d'une constellation de nœuds de calculs qui bougent et qui échangent de l'information avec des lasers. L'entraînement d'un réseau de neurones repose sur la descente de gradient et les processeurs graphiques (GPU) doivent constamment synchroniser les poids (paramètres) du modèle. En première analyse, il faudrait opter pour un compromis CP (Cohérence et Partitionnement)

Le transfert de données entre GPU nécessaire pour l'entraînement de très gros modèles est de l'ordre du To alors que dans l'espace on est dans le Go. De plus, le temps de vol de la lumière entre des satellites espacés de centaines de kilomètres ajoute une latence incompressible. Enfin, le temps de pointage et de suivi entre satellites est typiquement de l'ordre de plusieurs secondes. En informatique distribuée, un délai de quelques secondes équivaut à une panne majeure.

Aussi, pour les gros modèles dont les paramètres ne peuvent tenir sur un seul GPU, on doit répartir le calcul sur plusieurs processeurs graphiques (GPU) grâce au parallélisme de tenseur (tensor parallelism), une technique que j'utilise. Cette technique, indispensable pour entraîner les très gros modèles, exige que les GPU s'échangent des paramètres quasi instantanément entre chaque couche du réseau. La latence des lasers interdit cette approche. Les modèles devront être découpés d'une manière sous-optimale, ce qui saturera la bande passante des lasers lors de la mise à jour des paramètres.

L'entraînement par descente de gradient d'un grand réseau de neurones en orbite avec découpage distribué et échanges de paramètres sur des liens laser n'est pas qu'un défi d'ingénierie, cela me semble en contradiction avec les prérequis mathématiques de la synchronisation de calcul pour l'entraînement des grands modèles d'IA actuels.

Évidemment, on m'objectera la possibilité d'inventer de nouveaux algorithmes d'entraînement et d'utiliser des GPU avec beaucoup plus de mémoire, mais bon cela devient de moins en moins réaliste... Il est plutôt évident que l'idée d'une ferme de serveurs en orbite relève davantage du fantasme que de la vision. Soyons probabilistes, pas possibilistes!

Étrangement, personne parle du problème du calcul distribué dans les articles que j'ai trouvés sur la Toile. Peut-être que je vois un problème où il n'y en a pas? Il faut que j'y réfléchisse davantage...

À mon avis, la seule application pratique à moyen terme du « calcul orbital » est l'IA proximale (edge AI) pour traiter et compresser des données satellitaires.

Claude COULOMBE

entrepreneur-chercheur

Ph. D. en IA (2020)

42 commentaires supplémentaires...

Aucun post

Tout à fait prêt. Qu'avez-vous pour moi ?